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Ce site est né d'une rencontre qui ne s'est pas passée comme prévue. Au départ, une envie d'interviewer Fany, la fondatrice du site My Little Paris, connue pour révéler les adresses et talents cachés de la capitale. Parce que justement, nous, chez Argot, c'est la découverte des pépites qui nous anime. Après, passé la porte de ce petit immeuble situé à deux pas du métro Barbès, l'interview a tourné court. La faute à un bouquin posé sur l'une des étagères qui jonchent son bureau : Humans of New York. Un recueil de portraits qui nous a amené sur un sujet qui nous habite tous les deux : les héros du quotidien. Ceux dont le talent ne font pas la une des grands médias et dont la particularité échappe parfois au sens commun. Ça nous a donné envie d'écrire un nouveau chapitre intitulé TenFaces, un site entièrement dédié aux histoires d'entrepreneurs qui font Paris et sa banlieue. Alors on est partis à leur rencontre.

Abiola, fondateur d'Argot

Youssouf et Mamadou Fofana

Deux oiseaux migrateurs

Youssouf et Mamadou

C'est l'histoire de deux frères dont le destin a été scellée par un projet commun : la création d'un label mêlant toutes les caractéristiques de l'Afrique, dans un style qui se veut urbain.

Des motifs aux symboles significatifs, du wax en veux-tu en voilà, quelques pagnes bien choisis. Tout ça dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Derrière la marque de prêt-à-porter Maison Château Rouge, il y a Mamadou et Youssouf Fofana, respectivement troisième et quatrième bambins d'une famille de sept enfants, qui ont fait leurs premiers pas dans le quartier des Arpents à Villepinte. “Tout le monde se connaissait, on a eu une enfance pleine de bons souvenirs… Comme dans la plupart des quartiers multiculturels, chacun cherchait à mettre en avant son origine. Et pourtant, nous, on y allait pas souvent au bled… À la différence des Marocains. C'était pas le même prix.”

Youssouf et Mamadou
Youssouf et Mamadou
Youssouf et Mamadou

“On ne pouvait pas avoir un impact en Afrique sans faire quelque chose qui aurait des retombées ici”

Papa était ouvrier, maman femme de ménage. Le plus souvent, les jours de vacances défilaient chez les cousins de Mantes-la-Jolie (78) ou de Paris. Une expérience qu'ils considèrent comme étant formatrice. “C'était essentiel de vivre cela. Après tu peux plus te plaindre de quoique ce soit.” Puis l'insouciance s'est mêlée à la prise de conscience de certains problèmes… Très tôt, des remarques racistes ont contribué à forger une épaisse carapace autour des deux frères. À les voir, complétant mutuellement le récit de l'autre, on comprend très vite que cette armure est renforcée par une complicité énorme, accentuée par la très légère différence d'âge.

Au collège Jean Jaurès, la fratrie Fofana était bien connue et appréciée des profs. “Tous les mercredi et les samedi on avait handball et cours de langue arabe. On avait donc pas trop le temps de traîner dehors et de faire des conneries” reconnaît Youssouf. Une oisiveté que les frères déplorent, au même titre qu'une certaine perte de repères qui, selon eux, est à l'origine de beaucoup de maux dans les cités.

Tout le monde se connaissait, on a eu une enfance pleine de bons souvenirs
Youssouf et Mamadou
Youssouf et Mamadou

L'histoire de Youssouf et Mamadou continue ici

Quant au système scolaire, ils trouvent qu'il n'accompagne pas assez le choix des élèves des établissements classés prioritaires. “Quand t'as pas les moyens de faire des grandes écoles, tu prends un peu ce que tu peux prendre” déplore Mamadou. Cela ne l'a pas empêché de décrocher un BTS Banque avant de finalement trouver sa voie avec un master en Management de Projets. “C'est marrant, plus tu avances, moins tu rencontres de fils d'immigrés” constate l'aîné. “Quand tu commences à faire des études supérieures, tu arrives dans un autre monde. Tu découvres Paris et tu te retrouves de nouveau dans une dualité : pour les mecs de Paris, tu es le petit mec de banlieue, pour ceux de banlieue, tu es le mec de Paname”.

Cette dualité est récurrente dans leur discours. Est-ce une force ? Une faiblesse ? En les écoutant avec attention, on a tout de même du mal à trancher. Ses diplômes en poche, Mamadou a ainsi souhaité lancer un projet afin de permettre aux produits des PME africaines d'accéder aux marchés européens. Youssouf, lui, de par sa formation, était plus à l'aise avec le marketing et la communication. Il avait déjà monté, avec deux de ses amis, Rizka et Daria, plusieurs projets.

Le trio décide de rejoindre l'aventure suggérée par Mamadou, et l'association Les Oiseaux Migrateurs voit le jour. Elle propose un accompagnement aux entreprises des pays africains afin qu'ils puissent s'exporter. À cela s'ajoute une volonté de valoriser leur environnement en participant au développement de l'économie locale.

La grande chance pour nous, c'était que l'Afrique commençait à être un peu à la mode à ce moment-là.

C'est ainsi que marque de vêtements prêt-à-porter Maison Château Rouge est née. L'ensemble des tissus de la griffe sont achetés chez des commerçants du quartier. “On ne pouvait pas avoir un impact en Afrique sans faire quelque chose qui aurait des retombées ici”. Et les premières difficultés sont arrivées. Les moyens n'étaient pas encore au rendez-vous. Comme tous jeunes porteurs de projets, ils ont dû se débrouiller. Grâce à leur ligne de vêtements ils ont commercialisé BANA-BANA, une boisson sénégalaise à base de jus d'hibiscus. La petite équipe fut invitée à présenter son projet au salon Who's Next. Là, elle a vivement suscité l'intérêt de Merci, du géant Google, et du Bon Marché.

Youssouf et Mamadou

9 pays

distribuent aujourd'hui les produits Maison Château Rouge

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