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Ce site est né d'une rencontre qui ne s'est pas passée comme prévue. Au départ, une envie d'interviewer Fany, la fondatrice du site My Little Paris, connue pour révéler les adresses et talents cachés de la capitale. Parce que justement, nous, chez Argot, c'est la découverte des pépites qui nous anime. Après, passé la porte de ce petit immeuble situé à deux pas du métro Barbès, l'interview a tourné court. La faute à un bouquin posé sur l'une des étagères qui jonchent son bureau : Humans of New York. Un recueil de portraits qui nous a amené sur un sujet qui nous habite tous les deux : les héros du quotidien. Ceux dont le talent ne font pas la une des grands médias et dont la particularité échappe parfois au sens commun. Ça nous a donné envie d'écrire un nouveau chapitre intitulé TenFaces, un site entièrement dédié aux histoires d'entrepreneurs qui font Paris et sa banlieue. Alors on est partis à leur rencontre.

Abiola, fondateur d'Argot

Maâde Guettouche et Saliha Chekroun

Deux pélicans en plein vol

Maâde et Saliha

Limite intimidés : Maâde et Saliha, c'est quand même les lauréates de La Startupper Academy, la première battle des Startups de banlieue.

Un peu nostalgiques aussi : c'est dans cette immense pépinière Soleillet que My Little a vécu sa première année. Curieux ? Oui, d'ouvrir cette lourde porte constellée de noms de startups où figure bien celui de Copelican, l'entreprise que les deux jeunes femmes de 24 ans ont lancé il y a quelques mois et qui a démarré sur les chapeaux de roue. Bref. On entre, et là on tombe non pas sur 1, mais 50 startups planquées dans un immense espace de coworking, en train de turbiner sec.

- Alors c'est où votre bureau ?

- À cette table. On vous offre un café ?

Vidéo

Ce qui compte vraiment pour nous, c'est de participer à la rencontre de ces expéditeurs, de ces voyageurs.

Copelican, c'est quoi le pitch ?

Maâde : Copelican, c'est une plateforme collaborative qui met en relation directe des voyageurs et des expéditeurs pour l'envoi d'un objet, par un système de matching. C'est une idée qu'on a eue avec Saliha quand on était en France et qu'on galérait pour envoyer des choses à notre famille en Algérie. Des documents super importants, des objets volumineux ou fragiles …

Ça rend service des deux côtés : aussi bien à celui qui envoie, qu'à celui qui voyage et qui veut gagner un peu d'argent en rendant service. Notre Business Model, c'est la commission sur les transactions entre expéditeurs et voyageurs.

Maâde et Saliha
Maâde et Saliha

Et vous, c'est quoi votre histoire ?

Saliha : Je suis née à Saint Denis et j'ai grandi à La Courneuve. Ma mère est femme au foyer, et mon père commerçant, il avait un salon de coiffure. Je passais beaucoup de temps à le regarder travailler.

Petite, j'aimais bien jouer aux jeux vidéo comme Tomb Raider. Et puis j'ai commencé à m'intéresser à l'ordinateur, ce qu'il y avait dedans. J'étais très attirée par ce monde virtuel, une manière de s'échapper du monde dans lequel on vit.
Ado, je me suis mise au foot, j'aimais bien le côté d'avancer en équipe vers le même objectif.

J'étais au collège à la Courneuve, j'avais de bonnes notes alors comme j'aime me dépasser, j'ai tenté le lycée Louis Le Grand : ça a été une sacrée claque de me retrouver avec un 5/20 à mon premier contrôle de maths ! Mais au final, ça m'a poussée dans mes retranchements. J'ai persévéré. J'appréhendais de venir d'un collège de banlieue pour atterrir là-bas, mais en fait, d'où qu'ils viennent les jeunes ont tous les mêmes centre d'intérêt. Un jour, un prof nous a demandé si on écoutait France Inter : toute la classe a éclaté de rire, parce que nous on écoutait tous Skyrock !

Maâde : On est complètement opposées Saliha et moi : petite, j'étais bonne élève, mais en comportement, j'étais celle qui parlait tout le temps et qui se faisait pas mal renvoyer. J'étais la rebelle avec de bonnes notes. J'ai fait toute ma scolarité dans le 91. Je voulais devenir astronaute. D'ailleurs, c'est toujours dans ma tête, on verra…

Et prof de maths aussi, comme mon père. Pour transmettre mon goût de cette matière, contrairement à mes profs de l'époque, qui n'étaient pas du tout motivants. Il n'y avait aucune remise en cause de l'enseignement, et moi j'étais celle qui contestait, qui levait tout le temps la main pour trouver une faute ou faire une réflexion. Jusqu'au lycée, je n'ai vraiment pas appris grand chose en cours dans ma construction humaine. C'était surtout grâce à l'environnement multiculturel dans lequel j'ai grandi que j'ai réussi à apprendre des autres et les/me comprendre. Je me souviens même, quand j'ai voulu postuler pour une bonne prépa de commerce (Saint-Louis), mon prof a refusé de signer ma demande en disant “ça ne sert à rien de viser haut”. Je ne l'ai pas écouté, et j'ai été prise à Saint-Louis puis j'ai intégré HEC Paris.

C'est là que j'ai fait la connaissance de Saliha.

Maâde et Saliha
Maâde et Saliha

Ça vous vient d'où cette envie de réussir ?

Maâde : Je me suis réveillée assez tard. Avant j'étais juste la rebelle du collège. Mais la stimulation, je la tiens de mes parents. C'est eux qui ont eu de l'ambition pour moi et mes frères et soeurs. Parce qu'eux même ont été stimulés par leurs parents, et s'en sont sortis grâce aux études. En Algérie, ils étaient les seuls de leur famille à avoir le bac. Et c'est grâce à une bourse d'étude que mon père est venu en France.
Ils nous ont toujours poussés, c'est le seul escalier pour s'en sortir.

Saliha : Moi aussi, ma prof de maths ne voulait pas que j'aille en classe prépa. J'ai eu envie de lui prouver que j'en étais capable.

Comment expliquez-vous ce découragement de la part des autres ?

Saliha : Il y eu des profs très cools et qui m'ont encouragée à ne pas écouter les a priori. Mais cette prof-là, c'était de l'ancienne génération, une génération qui veut que les choses restent telles qu'elles sont.

Maâde :  Je n'aime pas qu'on mette des étiquettes sur les gens, on ne devrait pas s'arrêter à ça, ça ne veut rien dire. Jeune femme, fille d'immigrés, étude en ZEP, d'origine algérienne… Et alors ? Saliha a fait une grande École d'ingénieur et elle adore lire, j'adore la peinture et le théâtre, on est toutes les deux allées en prépa, et ça ne rentre dans aucune case. On ne devrait pas réduire l'être humain à un état de fait : ne pas se concentrer sur ce qu'ils sont mais plutôt sur ce qu'ils font.

Maâde et Saliha

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une aventure entrepreneuriale ?

Saliha : En 2ème année d'école d'ingé, l'école a organisé le “Challenge Entreprendre”, qui consistait à monter sa start-up en une semaine. J'étais avec une équipe pas très motivée, qui voulait juste avoir la moyenne. Mais moi, ça m'a beaucoup plu : j'ai appris à monter un business plan, un business model, et ça me parlait. Après ça, j'ai fait un stage à Londres pour en savoir plus.

Pourquoi avoir pris le risque d'entreprendre plutôt que de choisir un grand groupe ?

Maâde : Moi ce que j'aime dans l'aventure entrepreneuriale, c'est m'occuper de tout : on recrute, on fait le marketing et le développement, on a des responsabilités énormes. On peut très vite changer les choses et voir leur impact direct. Accélérer le mouvement.  En ce moment on s'occupe des levées de fonds, on rencontre des investisseurs…

Avant j'ai été dans des grands groupes, mais tout était hyper normé et il me manquait du sens, de l'engagement, de l'émulation. Même si on plante la boîte, on sait qu'on aura des choses à raconter.

Pour moi Copelican a du sens, c'est une solution collaborative qui facilite la vie des gens, par exemple les étudiants qui n'ont pas beaucoup d'argent pour envoyer des choses, les voyageurs qui peuvent baisser le coût de leur transport en proposant leur service. Et puis, il y a aussi un aspect écologique derrière tout ça.

Copelican a du sens : c'est une solution collaborative qui facilite la vie des gens.
Maâde et Saliha

Où en êtes-vous maintenant ?

Saliha : Depuis le lancement de notre site en novembre 2016, on a déjà eu 2000 annonces postées et la croissance est très rapide, sachant qu'on a dépensé zéro euro en communication. Aujourd'hui notre panier moyen est de 35 euros, mais il augmente.

On est maintenant 4 dans l'équipe, moi je m'occupe du développement, Maâde de la partie business et acquisition des consommateurs. On a aussi un graphiste-webdesigner, et une personne qui s'occupe de tout le développement de la plateforme.

Et vous avez besoin de quoi pour votre développement ?

Maâde : De recruter de nouvelles personnes pour nous permettre de mieux communiquer, et d'investisseurs pour mener à bien tous ces projets et grossir.

Maâde et Saliha
Maâde et Saliha

2016 Lancement de Copelican

Votre moment préféré depuis le début de l'aventure ?

Saliha : Le premier utilisateur qui a payé, on était trop fières : c'était d'ailleurs le plus relou, on est restés des heures avec lui au téléphone. On a fêté ça en se faisant un resto !

Qu'est-ce qui vous empêche de dormir ?

Saliha : Quand un expéditeur qui ne trouve pas de voyageur.

Maâde : Saliha, la nuit, elle rêve tout le temps qu'on fait des levées de fond, et à chaque fois plus. Dans son dernier rêve, c'était 500k€. Ça nous fait tenir !

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