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Ce site est né d'une rencontre qui ne s'est pas passée comme prévue. Au départ, une envie d'interviewer Fany, la fondatrice du site My Little Paris, connue pour révéler les adresses et talents cachés de la capitale. Parce que justement, nous, chez Argot, c'est la découverte des pépites qui nous anime. Après, passé la porte de ce petit immeuble situé à deux pas du métro Barbès, l'interview a tourné court. La faute à un bouquin posé sur l'une des étagères qui jonchent son bureau : Humans of New York. Un recueil de portraits qui nous a amené sur un sujet qui nous habite tous les deux : les héros du quotidien. Ceux dont le talent ne font pas la une des grands médias et dont la particularité échappe parfois au sens commun. Ça nous a donné envie d'écrire un nouveau chapitre intitulé TenFaces, un site entièrement dédié aux histoires d'entrepreneurs qui font Paris et sa banlieue. Alors on est partis à leur rencontre.

Abiola, fondateur d'Argot

Florian Gravier

Le flâneur indépendant

Florian

On n'a pas pu attendre :
à peine arrivés dans le quartier des 4000 de la Courneuve, la première chose qu'on a demandé à Florian, c'est de chausser ses rollers.

Tac Tac, en 2 clics, Florian prend 15 cms et se met à rouler dans les couloirs de la pépinière pour nous faire visiter son atelier et nous présenter sa jeune équipe. On serre des pinces, on se faufile entre les tours de prototypes et les stocks de vis, on touche des machines qui suintent l'huile. On jette un oeil au macro planning constellé de post-it fluo. Pour ne pas déranger l'équipe en train de trinquer avec Antoine, le stagiaire qui fait son pot de départ, on quitte l'atelier et Florian, toujours perché sur ses Flaneurz, improvise une salle de réunion dans un des couloirs. Micro ON.
C'est bon, ça enregistre ?

Vidéo

J'étais au collège à Sarcelles. Je voyageais beaucoup : je faisais le Nouvel An chinois, l'Aïd, le ramadan, shabbat …

Bon Florian, tu nous racontes ?

J'ai 36 ans, je suis né à Villiers le Bel dans le 95, et j'ai co-fondé l'entreprise Flaneurz il y a 2 ans. Nous assemblons des rollers avec des chaussures de sport par un système d'attache-détache qui permet de transformer ses pompes favorites en rollers, en deux clics. On insère un système dans la semelles des chaussures, qu'on fixe sur un chassis de patins à roulettes.

Où as-tu grandi ?

J'étais au collège à Sarcelles. J'ai des super souvenirs de mon enfance. À ma manière, je voyageais beaucoup : je faisais le Nouvel An chinois, l'Aïd, le ramadan, shabbat … J'ai commencé à découvrir plein de cultures comme ça. Le fait d'avoir grandi ici, ça m'a beaucoup nourri, et ça participe à qui je suis aujourd'hui, à mes valeurs. Je peux parler avec les jeunes d'ici, avec des journalistes, avec des investisseurs pour une levée de fonds : je peux parler différents niveaux de langage. C'est mon côté caméléon.

Ensuite, entre 20 et 30 ans je suis vraiment parti voyager. J'ai fait un CAP Cuisine, puis j'ai passé 8 ans sur la route, en Suisse, en Inde, à New-York, où j'ai bossé en tant que serveur dans des bars pour mettre de l'argent de côté. C'est très physique, mais ça forge.

Florian
Florian

Ça te vient d'où, cette passion pour le roller ?

De toujours. Enfin presque. Petit, je voulais être astronome. Conduire les voitures qui portent les valises dans les gares, aussi, ça me faisait bien kiffer. Et puis j'ai commencé à 4 ans à faire du roller. Très vite, j'ai voulu devenir champion de roller, je pensais pas en faire mon métier, mais c'est ma passion qui m'a suivi. Et, maintenant je danse en rollers.

C'était quoi ta personnalité quand tu étais gamin ?

Gamin, j'étais plutôt posé : j'étais pas un boss, mais pas une victime non plus. J'étais pas non plus très leader, je le suis devenu petit à petit. Je me souviens en CM2 j'ai été délégué de classe, et ma campagne pour être élu c'était de dire que tous les vendredis matins on mettrait du son à la récré et on danserait. Et puis au lycée, j'ai été de plus en plus engagé.

Florian
Florian

Quand est-ce que tu as su que tu voulais monter ta propre affaire ?

En 2012. J'avais 30 ans, j'étais serveur dans un bar à Venise, et je me suis dit : ok, c'est bien de voyager mais il faudrait peut-être faire quelque chose de constructif. J'ai pensé, bon, tu fais du roller, mais ça existe déjà, c'est quoi la valeur ajoutée que tu pourrais donner à ça ? Ma réponse, ça a été : rendre à la chaussure son utilité première, la marche. Je me suis dis que si des ingénieurs pouvaient construire des fusées, ils pouvaient aussi être capables de faire en sorte que ma chaussure, elle se clipse et se déclipse.

Je me suis dit que si des ingénieurs pouvaient construire des fusées ils pouvaient aussi être capables de faire en sorte que ma chaussure, elle se clipse et se déclipse.

Alors je suis parti en Suisse, j'ai bossé 250 heures par mois en intérim pour mettre de l'argent de côté, je suis revenu pour faire une formation “Créa Jeune” chez l'ADIE (une association qui fait du micro-crédit pour lancer sa boîte). Ça m'a permis de monter ma première ébauche de business plan et de mettre pied à l'étrier. C'était chaud, il me fallait 60 000 euros pour un prototype et je ne les avais pas !

Alors j'ai frappé à toutes les écoles d'ingénieurs pour trouver la personne qui pourrait me rendre ce rêve de gamin concret, et j'ai rencontré Arnaud, mon premier associé.

Florian

Aujourd'hui vous êtes combien d'associés ?

Quatre, tous passionnés de rollerskate et de sneakers, et on est très complémentaires : moi je m'occupe de l'administration et de la communication. Arnaud est ingénieur et s'occupe de l'industrialisation des produits et du marketing. Walid, qui est aussi un grand patineur, participe aux décisions stratégiques et opérationnelles. En terme d'entrepreneuriat il a un coup d'avance sur nous du fait qu'il soit déjà associé dans une boîte. Et enfin David, lui, apporte son expertise dans les domaines administratif, juridique et financier comme il bosse pour l'administration fiscale.

En fait, vous êtes les meilleurs ambassadeurs de votre produit ?

Oui, ça nous aide clairement d'être dans le milieu. Je serai dans la prochaine campagne qu'on va faire avec Veja, on a aussi roulé au Troca, à la Défense... Avec SkateXpress - un crew de rollerdance dont je fais partie - on a dansé pour Diesel en Italie, pour Lee Cooper à Amsterdam … je suis un peu l'homme sandwich de la marque.

Alors j'ai frappé à toutes les écoles d'ingénieurs pour trouver la personne qui pourrait me rendre ce rêve de gamin concret.
Florian

Combien de Flaneurz avez vous vendu depuis votre lancement ?

650, dont 280 grâce à Kickstarter : c'est vraiment une plateforme hyper utile quand on se lance et qu'on a déjà une communauté de fidèles. Et puis on mise beaucoup sur la collaboration avec Veja qui arrive en juin.

Est-ce que tu te sers de ton image dans le monde du roller pour communiquer ?

Oui, beaucoup. D'ailleurs je ne suis pas le seul, j'ai aussi un associé (Walid) qui est une légende dans le monde du roller.

Florian
Florian

650 Flaneurz vendus

Qu'est-ce qui te rend fier ?

D'avoir créé 3 emplois, ça c'est une énorme fierté. Et de faire tourner une équipe qui grandit et qui porte le projet Flaneurz.

Qu'est-ce qui t'empêche de dormir ?

L'argent, ne pas pouvoir pas payer les gens.

À terme, tu comptes rester ici ?

Oui, nous on est liés, l'entreprise a grandi dans le 93, et on va rester dans le 93. En général quand tu es en banlieue et que tu réussis, tu t'en vas. Tous mes amis qui étaient du coin et qui ont réussi sont partis à Paris. C'est ça, la réussite d'un banlieusard. Nous, si on s'agrandit, on va le faire dans le coin. D'ailleurs je commence déjà à repérer des locaux. C'est la logique, si tu veux que les choses s'améliorent il faut que les gens qui réussissent restent, voire que les gens qui réussissent à Paris viennent en banlieue.

C'est pareil pour l'embauche : les prochaines personnes qu'on va recruter, il faut qu'elles soient d'ici, c'est notre éthique.

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